• Jean-Jacques Rousseau, philosophe réaliste

    Soumis par Hayan Sidaoui le dim 06/01/2019 - 21:22

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    Jean-Jacques Rousseau n'était pas un rêveur, loin de là. Et ses promenades n'étaient pas tant des promenades qu'un ermitage.

    Rousseau ne rêvait pas, au contraire. C'est bien lors de ses éclipses en tête à tête avec la nature qu'il se rendait mieux compte de la réalité humaine, de manière on ne peut plus cartésienne et réaliste.

    Plus il fréquentait la beauté de la nature, plus il était conscient de la laideur de la société humaine, tout en sachant qu'aucun rêve ne la changera.

    Dans le titre "les rêveries d'un promeneur solitaire" il y a "solitaire" ! Une manière de dire que rêver n'est qu'un recul pour mieux voir la réalité et il n'est possible de rêver qu'en étant seul alors que dans la société il n'était jamais seul, personne n'est seul dans une société!
    Ne s'est-il pas ainsi confessé dans ses "confessions" : " je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur".
    Comprenez son sous-entendu où c'est justement la solitude qui tue la société et que cette société n'est pas viable sans sa laideur ! Rousseau, en acceptant la laideur de la société voulait la pérenniser. Mieux vaut la laideur que la mort.

    Il ne croyait pas non plus à la liberté que pourtant il chérissait plus que tout. Réaliste, il préférait rêver avec la nature et seul comme pour prendre quelques bouffées "d'oxygène" avant de retourner au combat quotidien qui consistait à cohabiter avec la laideur des humains et il ne rechignait pas !

    Aussi, aucun rêve ne peut changer la société ni, par opposition, la mère nature, les "rêveries" ne sont qu'un douloureux et amer constat pour Rousseau, constat réaliste.

    Rousseau n'écrivait pas, il réfléchissait et il disséquait l'ignoble vérité, celle des hommes, alors que d'autres écrivent comme les perroquets chantent !

    Pour contrecarrer sa caricature négative avancée par ses détracteurs, certains de ses "admirateurs" du dimanche la remplacent par une autre caricature tout aussi néfaste, non pas à Rousseau mais à ses lecteurs. Induits en erreur et pourtant ils s'extasient devant une explication de texte erronée malgré le fait de l'emploi par l'auteur dans son "analyse", de vocables compliqués et sophistiqués que la moitié de ces mêmes lecteurs ne comprennent pas et où la récupération politicienne de petite ampleur de l'œuvre grandiose de Rousseau passe inaperçue comme un venin dans la soupe, soupe populaire en l'occurrence !

    Pour finir, je vous prie de me croire, je ne connais pas la couleur du gilet de Rousseau !

  • Les qoudoud aleppins

    Soumis par Hayan Sidaoui le jeu 01/11/2018 - 16:40

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    Les quodoud aleppins sont des chants traditionnels syriens qui ont vu le jour dans la ville d’Alep.
    Les qoudoud chantent aussi bien l'amour que Dieu et revêtent un caractère spirituel affirmé voire religieux.

    Religieux mais pas spécifiquement musulman puisque le créateur de ce style de musique fut Saint Afram, l'alepin qui en l'an 306 pour encourager les fidèles à venir le dimanche dans son église à mis au point un spectacle musical en guise de recueillement.

    Ces chants aleppins « quodoud » s'appellent aussi les quodoud de Saint Afram qui fut béatifié par l'église syriaque levantine.

    La musique de ces chants a bien entendu une origine beaucoup plus ancienne où deux instruments de musique en sont les " portes paroles", le oud un instrument à cordes ancêtre de la guitare et le nay un instrument à vent ancêtre de la flûte.

    À noter que les quodoud sont les parents des mouwachahat andalouses du moyen-âge musulman.

    Ici un petit aperçu joué par deux virtuoses des instruments pré-cités.

  • Les proverbes levantins

    Soumis par Sandrine Deci le lun 21/05/2018 - 17:08

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    Hayan Sidaoui :

    Les proverbes sont la mémoire « vulgairement » collective des peuples transmise oralement et ont été de tout temps le produit des croyances, de ce que les sociétés ne comprenaient pas, autrement dit le « surnaturel », mais aussi produit des observations répétées donc de l’expérience vécue à travers les âges.

    Les proverbes sont donc « l’Histoire » des sociétés qui les véhiculent, Histoire parallèle à celles officielles des temples et des palais. Bien souvent ces proverbes centenaires, parfois millénaires, ont été un outil annexe pour les archéologues et les historiens qui permettaient de déchiffrer ce que les inscriptions officielles gravées sur la pierre ne permettaient pas de saisir reflétant, pêle-mêle, les us et coutumes de leurs époques comme les mœurs, les malheurs, le bonheur, les problèmes sociaux ou encore la situation politique etc…

    Les plus anciens proverbes datent d’il y a 5300 ans nous parviennent de Chine et de la Mésopotamie puis deux siècles plus tard de l’ancienne Égypte et beaucoup de ces traditions orales sont encore utilisées de nos jours.

    Concernant le Croissant Fertile, ou Levant, le proverbe fait partie du langage de tous les jours, fréquemment utilisé quel que soit le sujet ou la situation.

    Le travail effectué par Sandrine Deci nous exhume quelques-uns de ces proverbes millénaires dont certains sont encore utilisés de nos jours et d’autres ont été actualisés ou adaptés à l’époque contemporaine.

    Quelques exemples de proverbes levantins actuels avant de remonter le temps jusqu'au 53e siècle avant J.-C.

    - « Tapez l’eau avec un marteau, l’eau restera de l’eau ». Qualifiant un idiot qui ne comprend pas ce qu’on lui dise même en le répétant mille fois.
    - « Qui a une maison en verre ne va pas jeter des pierres sur celles des autres ». Équivaut au proverbe français « balayer d’abord devant sa porte ».
    - « Qui n’aime pas les cauchemars ne va pas dormir au cimetière ». Ce qui signifie : qui n’aime pas les problèmes ne va pas les chercher.

    D’autres dictons sont directement issus de l’observation de la nature et utilisé depuis des siècles et sont souvent rimés tel des vers :
    « Bi tamouz el may bi téghli bil couz », Tamouz étant le mois de juillet qui est le plus chaud au Levant et Couz signifie fruit ou l’enveloppe naturelle d’un fruit tels que grenade ou figue etc. Ce proverbe nous explique que quand « l’eau surchauffe dans le fruit c’est le mois de juillet qui arrive ».

    Un autre exemple de dicton en rapport avec la religion.

    « Le 15 août le ciel porte la croix », il se trouve que le 15 août au Levant est la fête de la sainte-Croix et quasi systématiquement le 15 du mois d’août, à un jour près, la région connaît sa première pluie accompagnée par une baisse significative de température après de mois de chaleur et de moiteur ».

    Il en existe bien évidemment des dizaines d’autres, cet article voulant attirer l’attention sur la «fonction » ou les « fonctions » multiples des proverbes et dictons qui sont bien souvent le miroir qui reflète une société donnée, à une époque donnée

    Un dernier dicton antique : « pleurer comme Nabonide », Nabonide étant le dernier roi babylonien quand Babylone fut détruite à la fin du 6e siècle avant J.-C. Nabonide mourut de ses pleurs car l'illustre cité disparut sous son règne, c'est la Marie-Madeleine des Babyloniens.

     

    Sandrine Deci :

    Les plus anciens témoignages écrits en Mésopotamie que nous sommes en mesure de comprendre sont rédigés en langue sumérienne. Au IIe millénaire ils furent traduits en akkadien.

    Après les tablettes comptables vinrent celles qui contenaient sur la face une liste de signes et sur le revers une liste thématique de noms, d’animaux par exemple. Ces listes constituent un ensemble de plusieurs milliers d’items. Vinrent ensuite les premières phrases sumériennes : contrats et proverbes. Le plus ancien texte de ce type est les instructions de Shuruppak, conseils de Shuruppak à son fils Ziusudra.

    D'autres textes de cette période renferment des préceptes moraux, par exemple l'hymne à la déesse Nanshe. Il faut y ajouter des recueils de proverbes, de devinettes, et même des fables mettant en scène des animaux, qui donnent également des leçons de vie.

    Sous le titre Sagesse, dans le chapitre 17 de l'Histoire commence à Sumer, Samuel Noah Kramer commente ainsi ce genre littéraire :

    « L'un des caractères spécifiques des proverbes est qu'ils ont une portée universelle. [....] Les proverbes sumériens qui nous sont parvenus ont été rassemblés et transcrits voilà plus de cinq mille trois cents ans, et beaucoup d'entre eux sont assurément l'héritage d'une tradition orale plusieurs fois séculaire. »

    carte mésopotamie

    S. N. Kramer et son assistant E. I. Gordon en ont reconstitué une douzaine de recueils à partir de 1937, qui contenaient de dix à plusieurs centaines de proverbes, pour la plupart inconnus alors.1

    Les mésopotamiens ont cherché à mettre par écrit les idées et les expériences pour préparer l’avenir (voir l’article sur les augures http://hayansidaoui.net/article25). Ils écrivent l’histoire, dans un univers où les dieux expliquent ce qu’ils ne comprennent pas.

    Leurs adages et préceptes démontrent la fraternité des hommes et de l’humanité. « Plus que les autres forme littéraires, celles-ci transcendent les différences de civilisations et de milieux et dévoilent ce qu’il y a d’universel et permanent dans notre nature. »

    Les conseils de sagesse mésopotamiens

    Instructions de Shuruppak :

    « Le destin est comme une berge humide : de l'homme, bien souvent, il fait glisser le pied.»

    « Un peuple sans roi est comme un troupeau sans berger.»

    « Là où un lion a mangé un homme, personne ne passe à nouveau. »

     

    Les proverbes sumériens ont plus de 5300 ans, et pourtant comment ne pas y reconnaitre nos petits défauts, notre mentalité, notre façon de penser ?

    Le geignard se plaint du destin et lui attribut ses échecs : « Je suis né un mauvais jour »

    Les ratés : « qu’on te mette dans l’eau, l’eau devient fétide, qu’on te mette dans un jardin, les fruits pourrissent »

    Les sumériens hésitent comme nous. Cigales ou fourmis ? « Nous sommes condamnés à mourir, dépensons, Nous devons vivre longtemps, économisons ».

    Et pour ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts, et oui déjà :

    « Pour le pauvre, mieux vaut être mort que vivant :

    S’il a du pain, il n’a pas de sel,

    S’il a du sel, il n’a pas de pain… »

    Un autre proverbe rappelle une phrase de l’ecclésiaste v.11 le sommeil est doux pour celui qui travaille », et l’adage du talmud « qui multiplie ses biens multiplie ses ennuis » :

    « Celui qui a beaucoup d’argent est dans doute heureux,

    Celui qui possède beaucoup d’orge est sans doute heureux,

    Mais celui qui ne possède rien peut dormir ».

    Certains pauvres ne sont pas dépourvus d’instruction : « c’est un valet qui a vraiment étudié le sumérien ».

     

    Et les femmes ? Il en est souvent question : « qui n’a jamais fait vivre une femme ou un enfant, n’a jamais porté de laisse à son nez » ; le pauvre mari sumérien se sentait négligé parfois : « ma femme est au temple, ma mère est au bord de la rivière et moi je suis ici, crevant de faim »

    Le sumérien a parfois des regrets « Pour le plaisir, mariage, A la réflexion, divorce »

    Et les belles-mères ? Elles semblent faciles à vivre : aucune histoire sumérienne relative à elles !

    Je vous laisse le soin d’expliquer ce qui suit :

    « La cruche dans le désert est la vie de l’homme ;

    La chaussure est la prunelle de l’homme ;

    L’épouse est l’avenir de l’homme ;

    Le fils est le refuge de l’homme ;

    La fille est le salut de l’homme ;

    Mais la bru, c’est l’enfer de l’homme »

    Les amis : « l’amitié dure un jour, la parenté dure toujours »

    Les animaux : « le bœuf laboure, le chien abime les profonds sillons »

    Le proverbe sumérien « il n’a pas encore attrapé le renard, pourtant il lui a déjà fait un carcan » se rapproche de notre il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».

    Nous prêchons de tout temps de finir notre travail, ne pas remettre au lendemain, les sumériens disaient « main et main, une maison d’homme est construite ; estomac et estomac, une maison d’homme est détruite »

    La guerre et la paix : qui veut la paix prépare la guerre disaient les romains, et les sumériens :

    « L’état dont l’armement est faible, l’ennemi ne sera pas chassé de ses portes ».

    Et aussi « Tu vas et tu conquiers la terre de l'ennemi. Alors l'ennemi vient et conquiert ta terre.».

    Guerre ou paix, « l’important est d’ouvrir l’œil et le bon » ; les sumériens disaient « tu peux avoir un maitre tu peux avoir un roi, mais l’homme à redouter c’est le percepteur ».

    Sagesse d’Ahikar l’Assyrien : « N’amasse pas les richesses, par crainte de pervertir ton cœur.

    […] Le juste, il faut lui venir en aide ;

    Tous ceux qui s’opposent à lui iront à leur perte. »

    Proverbe provenant d'une école d'Ur

    tablette mésopotamie

    Recto : "Le scribe bavard, sa faute est très grande".
    Après le proverbe, on trouve des nombres écrits en notation positionnelle sexagésimale :
    17.46.40 9
    1.30

     

     

     

     

    tablette mésopotamieVerso :
    17.46.40
    son inverse est 3.22.30
    17.46.40 xx[x]
    2.40 xxxxxx22.30
    3.22.30

     

     

     

    Proverbes sur les scribes

    Ces proverbes proviennent du site de Nippur. Ils sont un peu moqueurs en direction des scribes, tout en témoignant d'un indéniable sentiment de supériorité sur les autres corporations. Le revers de la tablette est un exercice d'écriture des mesures de capacité.

    « Le scribe bavard, sa faute est grande !  »

    « Le jeune scribe qui du a pain et de la nourriture en excès, n'est pas attentif à l'art du scribe.  »

    « Le scribe déchu devient prêtre.
    Le chanteur déchu devient joueur de cornemuse.
    Le chantre déchu devient flûtiste.
    Le commerçant déchu devient [...]
    Le charpentier déchu devient tourneur de broche.
    Le forgeron déchu devient faucheur.
     »

    L’Université de Wolwerhampton, Angleterre, a publié le classement des dix plaisanteries les plus anciennes du monde. Et la plus vieille blague, si on peut appeler ça ainsi, date de 1900 avant Jésus-Christ et suggère que l'humour scatologique était déjà en vogue chez les Sumériens. L'inscription, une fois traduite, signifie ceci :

    « Une chose qui n'est jamais arrivée depuis des temps immémoriaux : une jeune femme s'est retenue de péter sur les genoux de son mari.»

    En deuxième place, on retrouve une blague égyptienne qui date de 1600 avant J.-C., qui évoque le pharaon Snofru :

    « Comment divertir un pharaon qui s'ennuie? Tu fais voguer sur le Nil un bateau ayant pour toute cargaison des jeunes femmes simplement vêtues de filets de pêche et tu presses le pharaon d'aller à la pêche.»

    Autres articles

    Sur les augures : http://hayansidaoui.net/article25

    Sur les expressions ; http://hayansidaoui.net/Article14

    Références

    1. E. I. Gordon. Sumerian Proverbs. Glimpses of everyday Life in Ancient Mesopotamia
    2. Charles-F. Jean, La Littérature des Babyloniens et des Assyriens, Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1924, introduction
    3 .Georges Roux, La Mésopotamie, Ed. du Seuil, 1985
    4. J. Bottéro, Mésopotamie, L'écriture, la raison et les dieux, Gallimard, 1987
    5.
    Samuel Noah Kramer, L’histoire commence à Sumer, Flammarion 1994, Préface de Bottéro
    6. http://culturemath.ens.fr/materiaux/sexa/proverbes.htm

  • La découverte de la couleur pourpre

    Soumis par Sandrine Deci le mar 19/09/2017 - 23:04

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    La couleur pourpre est, avec l'alphabet, l'une des découvertes majeure de la civilisation phénicienne, elle fut pendant des siècles symbole à la fois, de puissance, de pouvoir, de violence mais aussi de beauté.

     

    Adoptée par les rois et les empereurs du monde connu à l'époque elle a participé à la fortune des phéniciens, peuple de commerçants et de navigateurs qui avec les moyens de navigations de l'époque a réussi à faire le tour du continent africain en longeant les côtes ainsi que celui de la péninsule indienne. À ce propos le Cameroun doit son nom aux navigateurs phéniciens quand ils ont découvert dans ce pays la montagne la plus haute de l'Afrique de l'Ouest, Cameroun en cananéen voulant dire "char du ciel".

    Je remercie mon invitée du jour Sandrine Deci pour cet effort consenti afin de faire découvrir à mes lecteurs la naissance d'une couleur.

     

    Par Sandrine Deci

    Au temps du Dieu Melkart, considéré comme le fondateur et la puissance protectrice de la cité de Tyr, une légende raconte que la découverte du coquillage, le fameux murex à pourpre, reviendrait à un chien !

    pièce tyrienne
    Monnaie de Tyr, chien mordant dans un murex

    L'écrivain et homme politique latin Cassiodore (vers 485-580) a écrit cette histoire. Le chien était en train de croquer un mollusque sur une plage de Tyr et un écoulement sanguin teignit sa gueule et ses dents et les empourpra.  Cela a intrigué un groupe de pêcheurs phéniciens qui ont ainsi découvert que le murex contenait un suc colorant, qu’ils pourraient utiliser pour colorer la laine.

    Alors que c'est Melkart le dieu lui-même (à l'origine du romain Héraclès) qui selon Pollux, grammairien du IIIe siècle, découvrit le murex. Il s’agirait d’un citoyen tyrien, selon Jean d’Antioche (Chronique historique), qui raconte différemment cet épisode : « il découvrit la teinture que l’on appelle pourpre (κογχύλη) en voyant un chien de berger manger un murex et le berger essuyer la bouche du chien avec une peau de mouton ».

    Peu importe, ce fut l’invention de la pourpre ! Son rôle serait primordial pour le commerce et le prestige des phéniciens.

    En fonction des langues, phénicien se dit en arabe : فينيقية  Fīnīqīyah, en Phénicien : Kna'n, ce qui veut dire cananéen. Les Grecs appelaient les peuples étrangers de la couleur de leur peau, par exemple les Nubiens : Aithiopes, éthiopiens, littéralement hommes au visage brulé, c’est-à-dire noirs. Mais comme les phéniciens ne sont pas des peaux-rouges, on peut vraisemblablement penser que les Grecs les appelaient Phoinikes, comme la traduction de Violet Tyrien, pourpre ou murex, venant du mot phoinos signifiant rouge sang, se référant à la teinture.

    Ce mot est probablement plus ancien et d'origine Sémitique de l'Ouest. Il désignerait des personnes célèbres pour leur création de teinture pourpre et cramoisie.

    La pourpre royale fut magnifiée par les Phéniciens, les Grecs, les Romains… et cette suprématie durera jusqu’à la fin du moyen-âge !

    Origines

    Ka phénicie
    La Phénicie

    Le murex est un coquillage vivant en Méditerranée, le suc colorant provient de sa glande hypobranchiale. Les ateliers de teinture sont donc sur les pourtours de la mer. Les plus anciennes traces d’exploitation de coquillages pour la teinture se situent à Ougarit (1500 av. J.-C.) dans le nord de la Phénicie, la Syrie actuelle.

    En 1934, François Thureau-Dangin1, archéologue et épigraphiste français, publia un texte cunéiforme d'Ougarit stipulant, qu'il y a plus de 3 500 ans, un marchand local notait la quantité de laine pourpre que lui devaient des individus qui semblent être des teinturiers. Ces transactions commerciales témoignent de la présence de l'industrie de la pourpre sur la côte cananéenne au milieu du second millénaire av. J.-C.

    tablette traduite
    1934, François Thureau-Dangin, la tablette traduite

    On y retrouve des amas de plusieurs mètres de haut de coquillages écrasés, comme à Athènes et Pompéi ; les bassins de l'ancienne ville carthaginoise de Kerkouane (Dār al-Safī) sont colorés de teinture, témoignant d’une exploitation des coquillages et dans d'autres lieux encore.

    De la pourpre marine sous forme de pigment a été utilisée à Akrotiri à Santorin en Grèce pour des fresques. La ville ayant été détruite par une éruption volcanique, vers 1628 avant J.-C., ces vestiges sont  antérieurs et attestent d’un usage ancien de la pourpre dans la décoration murale.

    L'exploitation la plus remarquable fut faite dans les cités phéniciennes de Tyr et Sidon, surtout à partir du 1er millénaire. Ces villes étaient des points de départ des bateaux des commerçants phéniciens vers l'Europe, l'Afrique et l'Asie.

    Autres pourpres

    On a aussi découvert en Bretagne et en Normandie, par exemple, dans le calvados en 2014 à Commes, des vestiges originaux, ceux d’une teinturerie et d’une conserverie de l’époque romaine, traitant les coquillages pour la consommation et les coquillages pour la teinture : des bigorneaux, patelles, moules, huîtres, mais surtout des pourpres Nucella Lapillus.

    Citons la couleur pourpre, antique richesse d'Essaouira, la Polynésie qui utilisa des oursins, et en Amérique centrale, les Mayas et les Aztèques qui utilisaient un mollusque que l’on trouve sur les côtes du Costa Rica et du Nicaragua pour obtenir une teinture dans les violets.

    Mais revenons à la méditerranée.

    Pourpre de Tyr

    Murex - Carte du Liban
    Murex vs Liban

     

    En Asie, la pourpre la plus estimée est celle de Tyr2

    La pourpre de Tyr, est aussi appelée pourpre impériale, pourpre royale ou encore pourpre antique. Tyr la porta au plus haut degré de perfection, en faisant la branche la plus florissante de son commerce. Tous les efforts des Tyriens et des Phéniciens tendaient à ce que leur couleur de pourpre approchât celle de l'améthyste orientale.

    Pièce phénicienne, avec les symboles relatifs à la ville de Tyr, la mer, le murex
    Pièce phénicienne, avec les symboles relatifs à la ville de Tyr, la mer, le murex

    L’importance de cette production poussa les Tyriens à faire du murex l’emblème de leur cité, et à l’illustrer sur les pièces de monnaie.

    Processus d'obtention de la couleur pourpre

    La manière dont on obtient la teinture est connue grâce aux auteurs romains Pline l’Ancien (23-79) dans son Histoire Naturelle, livre IX,  « Des animaux marins » et livre XXXV « De la peinture et des couleurs » et Vitruve dans De architectura, livre VII, 13, 3 « De la pourpre ». La méthode pour la pourpre de Tyr est unique et donne le meilleur des tons voulus à l'époque.

    On extrait le précieux liquide des plus grands pourpres, après avoir ôté la coquille ; on écrase les plus petits, vivants, avec leur coquille ; il faut pour cela qu'ils dégorgent leur suc2

    Cuve pour teinture
    Cuve pour teinture

    La première teinture consistait à mettre le textile dans un récipient en plomb avec de l'eau et les murex écrasés pendant 3 jours. Les fluides du murex pénétraient dans la fibre même, ce qui la rend inaltérable aux lavages suivants. La couleur apparaissait ensuite par oxydation à l'air. On pouvait obtenir différentes nuances de pourpre, du rouge au rose, en passant par le violet plus ou moins intense, en diluant la teinture avec de l'eau de mer ou en l'exposant aux rayons du soleil.

    Il fallait près de 10 000 à 12 000 coquillages pour obtenir 1,5 gramme de pourpre pure. Pas plus d'une goutte de colorant ne pouvait être extraite de chaque mollusque. D’où le coût du procédé !

    En raison de l'inaltérabilité de la teinture et du fait des difficultés de la récolte de l'animal, des techniques de préparation qui demandent du temps et une main-d’œuvre considérable, les étoffes pourprées étaient coûteuses et très estimées. La pourpre de Tyr faisait partie des produits de luxe du monde méditerranéen antique.

    Devant cette pourpre les faisceaux et les haches romaines écartent la foule : elle fait la majesté de l'enfance; elle distingue le sénateur du chevalier; on la revêt pour apaiser les dieux; elle donne la lumière à tous les vêtements; elle se mêle à l'or dans la robe du triomphateur. Excusons donc la folle passion dont la pourpre est l'objet : mais où est le mérite des couleurs conchyliennes? L'odeur en est infecte à la teinture, et la nuance en est d'un vert attristant, et semblable à celui de la mer en courroux 2

    Les vêtements teints de cette couleur étaient réservés à une élite. D'autre part, la couleur pourpre, comparable à celle du sang, symbole de vie, devint un signe de puissance temporelle et spirituelle.

    Très appréciée à l'époque romaine, elle est devenue un symbole du pouvoir impérial. Le statut social dans la civilisation romaine est indiqué par ce que porte la personne :

    • la largeur de la bande pourpre portée sur la toge,
    • la couleur plus ou moins vive des vêtements rouges.

    Ainsi, seuls les imperatores portaient des vêtements entièrement pourpres. Au début de l'époque romaine, la prérogative de porter la pourpre fut étendue aux sénateurs et aux prêtres.

    Plutarque en parle dans la Vie d'Aratus « ce prêtre qui portait (lors des cérémonies de sacrifice) une coiffe, non blanche immaculée mais blanche et pourpre ». Plutarque évoque également cette couleur pourpre dans la Vie de Romulus, vêtu de pourpre et entouré des principaux citoyens, était assis dans le lieu le plus élevé  et en relatant les critiques formulées à l'encontre de ce dernier, pour avoir « renoncer à ses manières populaires et d'adopter les façons d'un monarque (... portant) une tunique écarlate sous une toge brodée de pourpre ».

    La teinte était réservée à la souveraineté, ainsi Néron condamnait à mort qui osait porter ou acheter cette couleur sans être empereur. Il existe même une expression qui traduit bien l’élitisme de la couleur : « Né dans la pourpre ». Porphyrogénète est le surnom que l’on donnait aux empereurs (byzantins) nés tandis que leur père était justement empereur… Une manière d’asseoir la légitimité d’une succession au pouvoir.

    A partir du 2ème siècle, la fabrication de la pourpre et la teinture des étoffes deviennent un monopole d’Etat, soumis à des normes strictes. C’est à cette époque que la pourpre atteint la Chine.

    Tandis que l’Occident entre dans le Moyen Age et se détourne de la pourpre, l’Empire Byzantin en perpétue l’usage pendant encore quelques siècles.

    Le déclin

    Au 9ème siècle, la raréfaction du murex provoqua la disparition des techniques de fabrication de la teinture pourpre, mais cette couleur resta un signe de magnificence. Une qualité d’étoffe bien plus modeste prit le relais. Pline avait écrit dans son livre que la cuve pour le trempage doit être en plomb. Mais il y a le plomb noir et le plomb blanc ou étain. Cette erreur a peut-être retardé la redécouverte du procédé de la pourpre de Tyr. Cette recette se perdit à l'époque, l'étain était nécessaire pour un résultat exceptionnel.

    La souveraineté de cette couleur continua jusqu’à la chute de Byzance en 1453. Cet événement marqua de manière symbolique la fin du Moyen-Age. En 1464, le pape Paul II décréta que les cardinaux qui portent la couleur pourpre, sont autorisés à utiliser des tissus teintés par de la cochenille Kermes vermilio, le kermès des teinturiers, plus connu sous le nom de « graines écarlates », donnant un violet plus orangé.

    C’est au début du 20ème siècle que l’on analysa la structure chimique de la pourpre et que l’on élucida la méthode de teinture. Le mystère de la technique d’extraction de la pourpre du murex a plané pendant des siècles.

    Le second inventeur de la pourpre de Tyr est le libanais Joseph Doumet3 qui, se basant sur les observations de Pline l’ancien, entama une série d’expériences en 1976, et réussit non seulement à extraire la couleur pourpre du murex, mais aussi à teindre la laine et la soie de manière inaltérable.4

    De nos jours, il est facile d'obtenir par synthèse le dibromo-indigo, constituant de cette teinture (violets de dioxazine, bordeaux de pérylène ou les quinacridones). Sinon il est encore possible d'en acheter au prix de 2 000 euros le gramme !

     

    Révision 21/05/2018

    Une remarque du groupe Facebook Phoenician/Carthaginian Purple Dye (pourpre) :

    Par rapport a la photo de cuve de pourpre de Kerkoune, cette photo n'est pas celle d'une cuve de teinture et la couleur rouge de la pierre n'est pas de la pourpre d'ailleurs toutes les baignoires du site sont de cette même couleur. C'est une couche étanche faite avec des éclats de pierre rouge. L'unique cuve retrouvée a Kerkouane se situe a l'entrée du site et n'est pas du tout rouge.

    une cuve de macération de Murex
    une cuve de macération de Murex - Kerkouane

    Références

    1. Un comptoir de laine pourpre à Ugarit, d'après une tablette de Ras-Shamra, François Thureau-Dangin, Syria, 1934.  http://www.persee.fr/doc/syria_0039-7946_1934_num_15_2_3738

    2. Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, Livre IX, édition Émile Littré, Paris : Dubochet, 1848-1850. http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre9.htm

     

  • Les augures

    Soumis par Hayan Sidaoui le dim 17/09/2017 - 00:00

    Rubrique

    Mot masculin signifiant présage, divination ou auspice.

    Ce terme est connu en Occident depuis l’empire romain où augure désignait un prêtre. Les augures romains avaient pour unique tâche de prévoir l’avenir, surtout la météo, en observant le vol des oiseaux.

    Augure, contrairement aux idées reçues, n’a pas pour origine la bible et le corbeau de Noé. En réalité, cette pratique divinatoire remonte à l’époque sumérienne. Cette civilisation a vu le jour 3300 ans avant J.-C. dans la partie méridionale de l’actuel Irak.

    La ville Ur aujourd’hui disparue, était la capitale et c’est la plus vieille ville connue à ce jour. Ur est un site antique, découvert à la fin du 19ème siècle par l’archéologue anglais Leonard Woolley. Ce site est situé à 200 km du golfe persique, mais il y a 5300 ans c’était un port maritime. Suite à la dernière déglaciation il y a 10000 -12000 ans et le déluge qui a suivi, un large sillon d’eau de 200 km de large s'est formé. La désertification à l’âge de pierre n’en a laissé que deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate aujourd’hui séparés par 200 km et a fait reculer lors de l’âge de bronze le golfe persique.

    Sumer

    Avant de poursuivre, un mot sur Sumer, première civilisation connue de l’histoire de l’humanité. Selon les datations de l’école de Lyon, qui est la plus performante au monde dans ce domaine, elle exista 100 à 300 ans avant la Chine, la vallée de l’Indus et l’Egypte antique.

    On l’appelle civilisation car l’homme s’est sédentarisé pour la première fois, passant de l’état de nomade cueilleur-pêcheur-chasseur à celui de citadin, définitivement installé dans un lieu précis. Il existe des constructions en matériaux durs bien plus vieux que les quartiers d’Ur, de 5000 ans avant J.-C., mais qui n’étaient que des silos, où les hommes encore nomades entreposaient leurs vivres.

    Les deux lieux les plus anciens connus à ce jour sont Jericho (9000 ans) dans la Palestine occupée et Byblos sur la côte libanaise (l’actuelle Jbeil, 7000 ans). Les cueilleurs-pêcheurs-chasseurs n’avaient pas de chef dans le sens étymologique du terme, mais un collectif gérant les réserves, avec le plus vieux du groupe comme juge conseil.

    Cette sédentarisation marque le début de la civilisation, c’est à dire l’établissement d’une société dans un cadre urbain. Le caractère collectif exigeait un pouvoir central, donc une société pour la première fois hiérarchisée : peuple travailleur, fonctionnaires, prêtres, noblesse, pouvoir.

    Cette nouvelle structure pyramidale nécessitait donc un pouvoir central fort qui gérait toutes les affaires de la cité telles que récoltes, impôts pour exécuter les travaux d’intérêt public, canaux d’irrigation pour l’agriculture, temples et progressivement lieux de soins publics, écoles, égouts, voiries etc. Très vite le pouvoir centralisé a compris que le concept de "la religion" est l'instrument premier et fondamental pour pérenniser son statut de "je contrôle tout".

    Revenons à "augure". Dans la logique de maintenir un pouvoir central fort, ceux qui l'ont accaparé ont œuvré à représenter la religion imposante et impressionnante ; ce qui la rendait plus efficace que n'importe quelle force militaire pour bien mâter le peuple. Par la construction de temples plus imposants que les palais, la création d'une caste censée donner des réponses non discutables et non discutées sur les "secrets" de la nature, des astres, de ce que la science de l'époque n’expliquait pas encore et surtout de donner l’illusion de prévoir les phénomènes naturels, pour asseoir encore mieux le pouvoir et le rendre incontestable.

    Cette caste est celle des prêtres, dits gardiens des temples et des secrets des dieux tout puissants, mais en réalité ils n'étaient que les gardiens du pouvoir en place. Les prêtres avaient pour mission principale jour après jour de prévoir la météo du lendemain pour rassurer, ou pas, le peuple sur les récoltes et surtout pour prouver qu'ils étaient bien les gardiens et détenteurs des secrets qui gèrent la mère nature! Ils ont donc mis en place un système de sacrifice d'animaux. Une fois tués puis disséqués, ils jetaient leurs tripes et leurs organes sur une table en pierre. Ensuite, ils dessinaient la disposition des organes ainsi jetés. Par exemple, les boyaux formaient un serpentin avec un rein à gauche et un autre à droite, l'estomac en dessous etc. Un autre jour, l'intestin formait un cercle avec le cœur au milieu, la cervelle éparpillée au-dessus et ainsi de suite.

    Ce système de sacrifice "divinatoire" est à l'origine de ce que nous appelons de nos jours la statistique, sacrée invention, qui elle-même nous a amené les sondages.

    Suite donc aux observations sur 365 jours de la disposition des tripes du bovin sacrifié, on prédisait un augure. Si l'intestin est en S avec un rein à droite et un autre à gauche avec un beau soleil le lendemain on notait le nombre de fois sur une année où cette disposition précède le beau temps. Par exemple, si ce cas de figure s'avère exact 300 fois dans l'année et faux 65 fois, on l'adopte comme augure pour le beau temps, idem pour la pluie, les tempêtes etc. avec d'autres dispositions bien entendu !

    Cette statistique impressionnait le peuple car les prêtres ne se trompaient que rarement et consolidait leur fonction et donc le pouvoir en place. Mais cette supercherie, car c'en est une, n'a pas su trouver l'augure qui annonçait la disparition de la civilisation sumérienne, seulement deux siècles plus tard, suite non pas à une guerre, mais à une bureaucratie à la fois lourde et inexpérimentée.

    Par principe de centralisation, elle devait répertorier chaque grain de maïs ou de blé avant de le redistribuer au peuple. Cette lourdeur et donc cette lenteur d’accès à la nourriture, a fini par faire disparaître cette civilisation. Ce fut la première famine collective de l'histoire de l'humanité ! Il y a une morale qui se dégage de cette première expérimentation "civilisatrice" sous sa forme de société pyramidale et que je vous laisse la liberté d'apprécier.

    Mais comment terminer cette rubrique sans un parallèle personnel avec notre époque où les "prêtres", donc les gardiens du pouvoir, sont devenus les sondeurs de l'opinion publique et la même logique statistique sumérienne prédomine. Une question s'impose : quel est l'augure qui leur échappe et qui peut-être amènera notre disparition ?

    Publié sur mon FB le 19 novembre 2016

     

     

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  • Les "Sa'alik"

    Soumis par Hayan Sidaoui le jeu 14/09/2017 - 22:00

    Rubrique

     

    Le nom des poètes "sa'alik", de l'ère pré islamique, veut dire "nains" en arabe, non pour leur taille, mais pour leur condamnation à l'exclusion de leur tribu suite à un délit ou un crime, ils sont donc considérés par les membres de leurs tribus comme des "nains sociaux". Ils erraient donc solitaires dans le désert, coupés de toute vie sociale. Ils ont tous un point commun : la solitude qui les a rendus poètes !

    Leurs poèmes sont fondateurs de la poésie arabe classique, un exemple du plus connu d'entre eux, Antara, valeureux combattant. Il  fût condamné à l'exclusion pour son amour pour Abla, amour interdit car il était à moitié noir par sa mère esclave, sachant que les arabes des tribus nomades de la presqu'île arabique étaient bien des racistes vis à vis de noirs africains, réalité à laquelle l'Islam a tenté d'y mettre terme!

    Antara Ibn Chedad
    Les miens par le destin éloignés qui m'envoie le diable guerroyer

    Je vous ai traduit de l'arabe ce poème d'Antara Ibn Chedad, poète arabe pré islamique du 6ème siècle

    " Les miens par le destin éloignés qui m'envoie le diable guerroyer
    Ce temps qui m'inflige ses oracles comme châtiments
    Je ne suis pas homme à lui céder ma liberté
    Même vieilli et poli je lui refuse la rédemption
    Comment craindre les jours qui s'évaporent menaçants en défiant le destin
    Combien de nuits j'ai erré dans le désert observant les planètes fuyantes
    Mon sabre mon ami et mon javelot a pour lions comme festin
    Combien de ruisseaux par le sang pollués glorifiant les créatures démones
    Toi qui prétends être ma mort tu n'auras que ma libation fétide comme offrande"

     

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    Publié sur mon FB le 29 février 2016

  • Al-Mutanabbi et son époque au Levant

    Soumis par Hayan Sidaoui le mar 12/09/2017 - 13:15

    Rubrique

    Je dois dire que je ne savais pas par quel bout prendre cette rubrique, tellement le monde arabe de l'époque était sujet à variations et événements de tout genre ! Je vais commencer par Al-Mutanabbi, un poète arabe du 10ème siècle (915-965) né à Koufa près de la Babylone antique tout comme Al-Kindi (9ème siècle) et Ali le beau-fils du prophète (7ème siècle). Ali est le premier imam et 4ème calife, il est le philosophe de l'Islam, assassiné par ses partisans en 661 car trop pacifique !

     

    Cet événement est à l'origine du mouvement politique le chiisme, car contrairement aux idées reçues, celui-ci est un courant politique qui se proclame de la sunna et non pas une religion à part. Al-Mutanabbi est pour la poésie arabe, ce que Baudelaire est pour la poésie française, le dernier des classiques et le premier des modernes. La poésie classique est celle des sa'alik pré islamiques - voir ma rubrique du 29 février 2016 que je republierai ici - et le premier des modernes. Il se distinguait par sa rapidité, composait des poèmes sur le vif, sans préparation et il a écrit son premier poème à l'âge de 10 ans.

     

    Tous les spécialistes s'accordent à dire qu'il était le plus doué dans le maniement du langage. Il a beaucoup apporté à la langue arabe sur le plan linguistique. Son style très particulier était marqué aussi bien par les louanges des rois et princes, que par la satire cinglante. Il nous laisse 326 poèmes d'une virtuosité exceptionnelle, racontant sa vie tumultueuse et bien chahutée auprès des grands de son époque et décrivant comme personne le 10ème siècle arabe, sous le règne de la dynastie abbasside.

     

    Il fut assassiné pour un poème banal se moquant d'une mauvaise femme. Le frère de cette dernière le lui a fait payer de sa vie. Il vécut plusieurs exils, au Liban où il fut gouverneur de Sidon, en Iran et en Syrie. Il a connu la prison dès ses 17 ans  se prenant alors pour un prophète, il fut à l'origine de la révolution qarmate, dont l’Histoire ressemble fort à celle des cathares persecutés à cause des réformes qu’ils souhaitaient apportées à leurs religions respectives sclérosées et déformées, révolution partie de Lattaquié en Syrie et qui a fini dans un bain de sang. 

     

    Avant d'arriver à ses magnifiques poèmes, impossible de passer sur les qarmates sans en dire deux mots.

     

    Ils furent massacrés jusqu'au dernier car ils voulaient réformer l'Islam, notamment en ramenant le nombre des prières de 5 à 2 et en rendant le jeûne plus personnalisé, en fonction de chacun. Ce qui est étonnant et qu'en plus de les avoir exterminés, on a aussi brûlé leurs textes et les historiens, toutes époques confondues, les ont simplement ignorés. En tout et pour tout, on ne trouve à leur sujet qu'un petit texte calligraphié, qui se trouve dans la plus grande bibliothèque de manuscrits arabes dans le monde, à l'Escurial à 60 km de Madrid.


    Le souci avec la poésie est que la traduire d'une langue à une autre est une entreprise difficile et délicate. De toutes les traductions que j'ai remarquées sur le net, pas une seule n'est satisfaisante dans la mesure où je n'ai trouvé que des traductions littérales, qui outre l'oubli de l'esprit poétique, donnent aux poèmes des contre sens flagrants !


    Je me suis donc aventuré à traduire un petit extrait du poème le plus connu d'Al-Mutanabbi :

    ...
    Les étalons, la nuit et le désert me connaissent
    L'épée, le javelot, le papier et la plume me sont familiers
    Dans les étendues arides j'ai accompagné les monstres, esseulé
    Jusqu'à en surprendre le vice et la ruse, j'en confesse
    ...
    À ceux dont la séparation est ma souffrance
    Après vous le monde n'est que vide et néant
    Si votre secret est ce que racontent les envieux et les médisants
    Je vous dédie mes blessures si telle est votre délivrance
    ...

    Je mets le texte original pour ceux qui connaissent l'arabe et aimeraient me corriger ou faire des suggestions, le poème dans sa totalité est composé de 38 vers doubles, propre aux poèmes arabes, que j'ai traduit en forme classique plus connue en Occident. J'ai traduit les vers les plus connus que presque chaque arabe connaît,  n° 23 à 25 et 27.

     

    الخيل و أليل و البيداء تعرفني والسيف و الرمح و القرطاس والقلم
    صحبت في الفلوات الوحش منفردا حتى تعجب مني القور والاكم
    يا من يعز علينا ان نفارقهم وجداننا كل شيء بعدكم عدم
    ...
    ان كان سركم ما قال حاسدنا فما لجرح إن أرضاكم ألم

     

     

    Publié sur mon FB le 27 septembre 2016

     

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  • Les voyelles

    Soumis par Hayan Sidaoui le jeu 07/09/2017 - 21:03

    Rubrique

     

     

    Les deux écritures antiques les plus anciennes connues sont la cunéiforme de Mésopotamie et les hiéroglyphes d’Egypte. Comme toutes les langues de l’antiquité qui ont suivi jusqu’à l’invention de l’alphabet par les phéniciens, celles-ci étaient des écritures du type agglutinant, c’est-à-dire une adjonction de dessins symboliques sans phonétique. En réalité, c’étaient des dessins que seuls les scribes qui les écrivaient pouvaient comprendre.

    Tablettes Cunéiformes du Palais Royal D'Ebla, Syrie, 2300 av. J c.
    Tablettes Cunéiformes du Palais Royal D'Ebla, Syrie. 2300 av. J c.

    Un exemple dessiné par un scribe mésopotamien : une montagne représentée à côté d’un pied, signifiait qu’une personne est partie à l’étranger puisque les frontières de la Mésopotamie étaient constituées de chaînes montagneuses, le Zagros à l’est, les Taurus au nord et le mont Liban à l’ouest, alors que le sud n'était qu'une vaste étendue désertique où personne ne s'aventurait. Seul le scribe en question savait quelle personne était partie et de quel côté elle était partie. Si un non lettré regardait le dessin de la montagne avec un pied à côté, il ne pouvait qu'interpréter, "grimper sur la montagne", "la montagne c'est le pied", etc.

    D’autre part, le scribe devait être doté d'une excellente mémoire car si plusieurs années plus tard, le roi ou un dignitaire lui posait la question suivante : " à qui est ce pied et quelle montagne a-t-il franchi cette année-là ?" Le scribe avait tout intérêt à s'en souvenir.

    Ces écritures étaient donc non publiques et non déchiffrables par le peuple, d’où le statut de haut fonctionnaire et de noble du scribe qui détenait les « secrets » du pouvoir. Les écritures antiques étaient donc des écritures non "démocratiques", réservées aux élites de l'époque, les scribes et les prêtres.

    Petit à petit ces dessins se schématisaient, notamment en Mésopotamie, où le roseau taillé en pointe sert de "plume" pour "écrire" sur un support d'argile encore humide, en forme de tablette. En séchant, l'écriture devenait "immortelle". Mais au moment où le roseau bizuté s'enfonce dans l'argile encore humide, il laisse la trace d'un trait ponctué par une tête de clou, d'où le nom de cunéiforme. Ainsi, la montagne est représentée par deux traits obliques à tête de clou.

    En passant quelques étapes de l'évolution de ce type d'expression, cette écriture à l'origine graphique devient de plus en plus stylisée, les dessins deviennent symboles, symboles encore moins déchiffrables pour les non-initiés. Un peu plus de deux millénaires plus tard d'évolution stylistique, apparaît le premier alphabet phénicien qui se caractérise par une nouvelle forme, mais surtout par l'introduction phonétique, ce qui était une grande révolution. On ne dessinait plus des faits, mais on schématisait des sons, notamment ceux de la langue sémitique locale.

     

    carte méditerranéeCette langue fut propagée par les navigateurs-commerçants phéniciens dans tout le pourtour méditerranéen. La Phénicie est un territoire qui se situait approximativement dans l’actuel Liban. Les deux cités les plus importantes du point de vue historique  sont Sidon, aujourd'hui Sayda, et Tyr, aujourd'hui Sour. Sans oublier Byblos où l’on a retrouvé les plus anciennes traces de l'alphabet phénicien.

    L’alphabet phénicien est inscrit depuis 2005 par l'UNESCO comme "mémoire du monde" et héritage de la république libanaise.

    Celui-ci donna naissance aux alphabets latin, cyrillique et copte. Cet alphabet et ses alphabets dérivés étaient bien plus maniables que les dessins cunéiformes ou les hiéroglyphes et aussi plus accessibles au public. Mais ils souffraient d'une possibilité d'expression limitée, car exclusivement consonantiques, c’est-à-dire dépourvus de voyelles.

    Sans voyelles il était impossible de constituer des images, métaphores ou allégories comme il était impossible d'élaborer une pensée dans le sens intellectuel du terme. On ne faisait donc que générer des sons qu'on utilise dans la vie de tous les jours. Une langue n’utilisant que des consonnes reproduit des sons représentant strictement un objet, une action ou un besoin courant, avec des voyelles elle permet d'élaborer des phrases abstraites facilitant l'expression "imaginative", les voyelles ont induit la grammaire.

    Ce mode d'expression écrite a survécu pendant six siècles et jusqu'à l'avènement de l'oligarchie des Trente à Athènes en 404 av. J.-C. Elle succède à la démocratie grecque suite à la guerre du Péloponnèse. Celle-ci avait interdit toute expression démocratique écrite. Ce sont les Grecs qui ont inventé et introduit la voyelle à cette époque, pour contourner la censure des écrits en enrichissant la phonétique consonantique, permettant d'exprimer sans mal une pensée ou une idée élaborée.

    D'ailleurs certains chercheurs dans ce domaine attribuent à Socrate, premier révolutionnaire contre la dictature des Trente, une contribution importante à la mise au point de la voyelle.

    C'est donc un besoin révolutionnaire qui a inventé la voyelle pour faire face à la censure d'une dictature.

    Le revers de la médaille est que la voyelle permet aussi, outre l'expression d'une haute pensée ou une noble idée, l'expression de toute sortes d'âneries et d'idées foireuses comme on le constate quotidiennement dans nos médias, dans les réseaux sociaux ou même dans une conversation ou un débat de vive voix. Elle peut aussi développer certains anachronismes souvent mal venus, je prends un exemple au hasard : "bonne année". Personnellement je n'ai jamais su quand commence la "bonne année" et quand elle se termine et il en était de même pour les inventeurs de la voyelle.

    Publié sur mon compte FB le 31 décembre 2016

     

    Je ne résiste pas à publier une oeuvre d'Arthur Rimbaud :

    A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
    Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
    A, noir corset velu des mouches éclatantes
    Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

    Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
    Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
    I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
    Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

    U, cycles, vibrements divins des mers virides,
    Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
    Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

    O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
    Silences traversés des Mondes et des Anges :
    - O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! -

  • Baalbeck

    Soumis par Hayan Sidaoui le dim 03/09/2017 - 21:54

    Rubrique

    Baalbeck est la ville du dieu phénicien Baal, dieu de la foudre, qui forme avec Astarté, déesse de fertilité, de beauté, d'amour et de guerre, le couple divin de la civilisation phénicienne.

    Les phéniciens sont notamment connus, outre leurs excellents navigateurs commerçants, pour avoir inventé l'alphabet et découvert la couleur pourpre dont nous reparlerons très prochainement.

    Ce site, sur lequel j'ai travaillé, est classé par l'UNESCO patrimoine mondial de l'humanité. Il est d’ailleurs considéré par beaucoup d'archéologues comme étant la huitième merveille du monde. C’est un vaste complexe religieux dédié au Dieu "majeur" phénicien qui fut aussi cananéen, héritage direct de la civilisation mésopotamienne notamment babylonienne. Puis Rome a pris la ville au début du 1er siècle avant J.C. et l’a rebaptisée Héliopolis, la ville du soleil, symbolisée par le dieu Hélios dont l'équivalent cananéen est Adad. La ville a été remodelée, les rues s’y organisèrent en damier sur la base de deux grandes artères les fameuses Cardo et Decumanus, sous Néron, Trajan, Hadrien et Antonin le pieux.   

    Vers 14 avant J.C., Auguste, pour bien asseoir l'emprise du puissant empire, décida la construction du plus vaste complexe religieux du monde gréco-romain. Les proportions proclamaient le pouvoir et la richesse de l'Impériale Rome. Le temple de Jupiter, le Baal phénicien ou le Zeus grec, fut le début de la construction faite en plusieurs étapes. La statue en bronze de Jupiter est une pure merveille sculpturale mais a été emmenée illégalement en 1939 par le gouverneur français Gouraud au Louvre, comme la plupart des œuvres qui y sont exposées, prises dans les 4 coins du monde !

    On y trouve le temple de Bacchus, dieu du vin assimilé au dieu phénicien Adonis, celui de Vénus et celui de Mercure complètent l’ensemble, le tout disposé de manière originale. Les temples changent du design classique romain. En reprenant le schéma phénicien par souci diplomatique, les romains voulaient éviter le rejet des populations locales. On peut parler de romanisation assez subtile, car ménageant dans sa conception l'architecture d'ensemble établie sur l'ancien site sacré phénicien. Il a fallu pour achever la construction des édifices pas moins de 200 ans !

     

    Temple de Jupiter - Frise

     

    Trois particularités de ce site exceptionnel :

    1. le temple de Jupiter est le plus grand temple jamais construit par les romains y compris à Rome, avec ses 52 colonnes monumentales d'ordre corinthien. Il n'en reste que 6 qui culminent à 20 m de haut et sont constituées de 3 tambours galbés de presque 300 tonnes de granit !

    2. le temple de Bacchus est le mieux conservé de tous les temples romains à travers le monde. Il est plus grand de par sa taille que le Parthénon d'Athènes !

    3. le trilithon, un ensemble de 3 blocs de granit de 5 mètres de section carrée et de 20 mètres de long, pesant chacun entre 800 et 1000 tonnes amenés d'une carrière située à 1 km et surélevés à 10 m du sol, constitue toujours une énigme pour les archéologues ! Alphonse de Lamartine a écrit un très beau texte* sur ce mystère technologique.

    Enfin, Baalbeck située au nord de la plaine fertile de la Bekaa, le grenier du proche orient, à 1150 m d'altitude, est protégée par l’Anti-Liban et le mont Liban, les deux chaînes montagneuses qui forment le Liban. Celle de l'Est est plutôt aride forme la frontière avec la Syrie et celle de l'Ouest est très verte au climat modéré. De par sa proximité avec la Syrie, les collines avoisinantes ont connu des violents combats contre Daesh depuis 4 ans. Les vaillants combattants de l'armée et du Hezbollah ont empêché l'OTAN d'y prendre pieds avec ses terroristes. Peut-être que Baalbeck avait pour destinée de devenir la Palmyre libanaise... Finalement il n'en a rien été !

    Ce n'est qu'un bref résumé, à vous d'en savoir plus si ça vous tente !

     

    carte Liban

     

    Publié sur mon compte FB le 26 février 2016

     

    *Alphonse de Lamartine :

    Nul espoir que je réussisse mieux que mes prédécesseurs à rendre sensible par des mots, ce chaos de splendeurs écroulées, cette immense mer jonchée de porphyre et de marbre, tout un océan de colonnes et de chapiteaux, d’architraves, de volutes. Une prodigalité sans idées, le lendemain de l’envol d’un Dieu. Mais que ce désastre atteste de grandeur ! Ah ! Un temple, cela ! Ces proportions imposantes, vastes, solides et graves, qui pourraient recueillir des peuples, et au-dessus de tout, six colonnes hauts placées qui portent avec magnificence l’arche du Jupiter Soleil, cela est logique, conforme à la pensée humaine, apte à recevoir et à mettre en émoi les âmes. C’est une des plus grandes pierres du monde qui se détache là, éblouissante de lumière, sur les monts du Liban. Tout à côté, l’oasis plein d’arbres avec une jeunesse inouïe, balance ses noyers et presse les hautes terribles murailles.

  • La légende "666"

    Soumis par Hayan Sidaoui le dim 27/08/2017 - 10:23

    Rubrique

    Bien des légendes populaires sont ancrées dans la mémoire collective de diverses sociétés bien qu'elles soient, du moins à notre époque, étrangères à toute logique ou même au simple bon sens. Toutefois, ces légendes ont une vraie origine historique que les pouvoirs, notamment religieux, s'appliquent à changer de nature en leur prêtant une interprétation "céleste", dans l'unique but de maintenir leur mainmise sur les esprits et les destins des peuples.

    Les chiffres tiennent une place particulière parmi ces légendes dépourvues de sens; chez les hindous il y a le 7 porte-bonheur, ou encore le 13 porte-malheur chez certaines communautés chrétiennes. Mais la "star" de ces chiffres est sans doute le 666 censé représenter le diable chez les catholiques.

    En réalité le chiffre 6 a bien une signification antique qui remonte à la première civilisation connue - on y revient toujours - la civilisation mésopotamienne c'est-à-dire la sumérienne.
    J'avais déjà évoqué, dans une autre publication, la nature centralisée et lourde du pouvoir administratif de cette civilisation, une lourdeur et donc une lenteur qui a été la cause de sa propre disparition.

    Il fallait remonter tous les grains de blé, d'orge ou de maïs, du royaume vers l'entrepôt central avant de les redistribuer. Comme les récoltes de l'époque étaient exceptionnelles, il fallait comptabiliser chaque grain, ce qui demandait un temps astronomique.

    Comme les sumériens ne connaissaient pas le chiffre, ils ont opté pour un système de jetons sous forme de petites boules d'argile. C'était un matériau local, il suffisait de se baisser pour en avoir suite à l’assèchement du golfe persique. Celui-ci était 200 km plus étendu qu'aujourd'hui et il a couvert le sol de limon et de terre argileuse.

    Chaque boule représentait un sac de grains. Ce système avait le défaut d'encombrer les comptables de milliers de jetons. Par commodité, ils ont fabriqué des boules creuses et entreposaient à l’intérieur les jetons puis les scellaient.

    Par pur hasard, cette boule en question ne contenait que 6 jetons car ils n'arrivaient pas à en faire de plus grosses avec l'argile. Et pour simplifier la tâche des comptables, ils transportaient ces boules dans des sacs qui contenaient 6 boules chacun. Donc, le plus gros chiffre connu par les sumériens était le 36 : 6 jetons x 6 boules = 36 sacs.

    Jusqu'à nos jours, soit 5300 ans plus tard, on dit par exemple "il n'y a pas 36 façons de faire". Les arabes du Croissant fertile ayant attribué au zéro une valeur décimale disent "il n'y a pas 60 façons de faire" !

    La voix de mon père raisonne encore dans mes oreilles quand il me grondait gamin en me lançant "ça fait 60 fois que te le répète".

    Il existe bien d'autres exemples comme le jeu de la roulette anglaise où le plus gros chiffre est le 36 etc.

    Le système horaire inventé par les babyloniens basé sur la subdivision de la jounrée en des multiples de 6, 12 heures pour le jour et 12 heures pour la nuit, il en est de même pour le calendrier de 12 mois.
    Plus tard, au moyen âge, les arabes ont perfectionné le système horaire en subdivisant l'heure en 60 minutes et la minute en 60 secondes, soit 3600 secondes pour une heure!

    Je reviens au 666! Il faut dire que la première mission du monothéisme, encore fragile au début de son apparition, ne consistait qu'à dénigrer le paganisme en associant systématiquement ses traditions au diable, à Lucifer la méchante créature qui ne veut que nous éloigner de Dieu! Et le 6 est le chiffre maudit par excellence étant l'unité arithmétique des païens! On a même "enfoncé le clou" on rajoutant deux autres 6 comme si le 666 diabolique représentait la trinité du diable en opposition à la trinité sacrée du père, du fils et du Saint-Esprit.
    Et pourtant malgré l'adoption par l'église catholique du chiffre 666, pour symboliser le diable et ses actes maléfiques, la bible affirme que Dieu créa le monde en 6 jours dont l'origine est une invention sumérienne.

    Il n'y a pas de hasard dans la marche de l'Histoire même si la roulette anglaise contient 36 chiffres!

    Pour terminer, je ne vous cache pas que le 6 et je n'irais pas par 36 chemins, est l’un de mes chiffres porte-bonheur et j'en suis 60 fois satisfait.